L'écolière de nos rêves... et cauchemars : EXOTICA d'Atom Egoyan

Parmi les personnages qui peuplent sa toile artistement tissée dont nous parcourons la spirale pour parvenir à son épicentre, Christina (Mia Kirshner) l'écolière effeilleuse occupe la place de choix qui lui revient par la magie du charme trouble dont elle nous hypnotise, signature toute naturelle de son innocence violée et dévoilée. Le tout aux martelants accents d'Everybody Knows dont Leonard Cohen nous régale, hymne sombrement incantatoire au néant, au mensonge, à l'hypocrisie, à la violence, au naufrage de consciences désaxées et de vies perdues, emportées dans un univers où tout chavire.

Everybody rolls with their fingers crossed
Everybody knows that the war is over
The poor stay poor, the rich get rich
That's how it goes
Everybody knows
D'origine juive et moine bouddhiste, il faut le faire, Cohen est l'un des chansonniers et poètes les plus affirmés du Canada anglais. Il allie avec une rare capacité d'évocation la spiritualité et les ardeurs d'une chair hurlante qui nous fait osciller entre état de manque et satiété pour nous laisser sur le carreau quand vient le moment redouté des adieux (voir Closing Time).
Ex-amant de Christina, il a convenu d'engrosser, en service commandé et sur contrat dûment conclu et signé, Zoé (Arsinee Khanjian, femme d'Egoyan), patronne de l'établissement. Quand a cette dernière, enceinte jusqu'aux dents, elle comble Christina de baisers plus que maternels jusqu'à ce que notre strip-teaseuse en fleur découvre le pot aux roses.
Les membres de ce singulier ménage à quatre tissent la trame et la chaîne de leurs destins conjugués et leurs secrets respectifs se révéleront, tandis que l'intrigue se délove et se dévoile. Serre chaude des sens foisonnante de palmiers artificiels qui rappellent en version kitsch les jungles touffues du Douanier Rousseau, l'Exotica exerce sur sa clientèle l'envoûtement moyennant finances du désir éveillé juste ce qu'il faut au bénéfice de mâles venus se pencher un peu-beaucoup sur l'abîme du rêve dans son clair-obscur bleuté sans y basculer tout à fait, car vient inévitablement le moment de la fermeture où tinte la caisse enregistreuse.
De sa voix de barcarolle de second plan, Eric situe le tout :
« Let me ask you something gentlemen. What is it that gives a schoolgirl her special innocence? Her sweet fragrance? Fresh flowers? Light spring rain? Or is it her firm young flesh inviting your every caress, enticing you to explore the deepest, most private secrets ? »
« Don't you think you owe it to yourself to do something that'll make you feel like you're someone special? You are someone special. Five dollars is all it takes to prove it...»
Vous êtes quelqu'un. Et cela ne coûte que cinq dollars pour le prouver...
Ainsi sollicitée, la pupille perdue d'honneur comble sa clientèle de déhanchements a
And everybody knows that you're in trouble
Everybody knows what you've been through
From the bloody cross on top of Calvary
To the beach of Malibu
Everybody knows it's coming apart
Take one last look at this Sacred Heart
Before it blows
And everybody knows